Le nom de ce Saint lui vient du beau livre qu’il composa sous le titre grec de Climax ou Échelle du Ciel. C’est la plus longue œuvre laissée par Jean Climaque. Elle comprend trente chapitres (ou “échelons”), représentant les trente années de la vie de Jésus. Cette œuvre a pour but de résumer l’expérience monastique. Elle a été rédigée à la demande de l’abbé Jean de Raithu (ville d’Égypte). Grâce à ses trentes degrés les moines doivent ainsi atteindre la sainteté.
Voici un résumé condensé des 30 échelons de l'Échelle Sainte.
Saint Jean Climaque structure son œuvre comme une ascension thérapeutique : on commence par se détacher du monde pour finir par s'unir à Dieu.
On peut diviser l'ascension en trois grandes étapes :
I. Le Renoncement au monde (Échelons 1 à 4)
Ces étapes posent les fondations de la vie spirituelle.
Le renoncement : Se détacher des plaisirs mondains pour s'engager sur la voie de Dieu.
Le détachement : Se libérer de l'affection excessive pour les choses et les personnes.
L'exil : Se sentir comme un étranger sur terre pour chercher sa patrie céleste.
L'obéissance : Renoncer à sa propre volonté pour suivre celle d'un guide spirituel (le remède à l'orgueil).
II. La lutte contre les Passions (Échelons 5 à 26)
C'est la partie la plus longue, où l'on combat les défauts psychologiques et spirituels.
5. La pénitence : Regretter sincèrement ses fautes pour purifier son cœur.
6. Le souvenir de la mort : Méditer sur la fin de vie pour prioriser l'essentiel.
7. Le deuil joyeux : Les larmes qui purifient l'âme et apportent une paix intérieure.
8. La douceur : La victoire sur la colère.
9. La rancune : Apprendre à pardonner et à oublier les offenses.
10. La médisance : Arrêter de juger et de parler en mal d'autrui.
11. Le bavardage : Apprendre la valeur du silence.
12. Le mensonge : Cultiver la vérité absolue en paroles et en actes.
13. L'acédie (découragement) : Combattre la paresse spirituelle et l'ennui.
14. La gourmandise : Maîtriser ses appétits physiques.
15. La pureté : La victoire sur les tentations de la chair.
16. L'avarice : Se libérer de l'amour de l'argent.
17. La pauvreté : Vivre dans la simplicité volontaire.
18. L'insensibilité : Lutter contre la "mort du cœur" face aux choses sacrées.
19. Le sommeil excessif : Vigilance dans la prière.
20. La peur : Apprendre à ne craindre que Dieu (la crainte filiale).
21. La vaine gloire : Ne pas chercher l'approbation des hommes.
22. L'orgueil : La racine de tous les maux ; l'oubli de la grâce de Dieu.
23. Les pensées de blasphème : Rejeter les pensées intrusives négatives.
24. La simplicité : Devenir comme un enfant, sans ruse.
25. L'humilité : La vertu qui imite le Christ et terrasse le démon.
26. Le discernement : La capacité de distinguer le bien du mal dans ses propres pensées.
III. L'Union avec Dieu (Échelons 27 à 30)
Le sommet de l'échelle, là où l'âme goûte à la paix divine.
27. L'hésychia (le silence intérieur) : Le repos de l'âme dans la solitude et la paix.
28. La prière : La conversation directe et ininterrompue avec Dieu.
29. L'impassibilité (Apatheia) : Un état de pureté où l'âme n'est plus troublée par les passions.
30. La Foi, l'Espérance et la Charité : Le sommet. L'amour pur pour Dieu et pour tous les hommes, qui est la perfection même.
À noter : Pour Jean Climaque, on ne peut pas sauter d'échelon. On ne peut pas prétendre à la "Charité" (30) si l'on n'a pas travaillé sur son "Obéissance" (4) ou son "Humilité" (25).
Le thème principal de l’Échelle sainte, qui est la tension de l’âme vers Dieu, sera repris par les Pères de l’Église . Cette œuvre est rédigée en apophtegmes (en maximes), qui ne sont pas tous aisés à comprendre car ils n’ont pas forcément de lien entre eux.
Huit extraits de l’Échelle sainte
« Ceux qui entreprennent ce combat doivent renoncer à tout (...), afin de poser un fondement solide. Ce bon fondement est formé d'une triple assise : l'innocence, le jeûne et la tempérance. »
« Fuis comme la peste les lieux qui te sont occasion de péché. En effet, quand le fruit est absent, nous le désirons avec moins d'ardeur. »
« Les Pères enseignent que la psalmodie est une arme, la prière un rempart et les larmes immaculées un bain ; mais la bienheureuse obéissance, ils l'ont assimilée à la confession de la foi. »
« Rien n'égale ni ne surpasse les miséricordes de Dieu. C'est pourquoi celui qui désespère est son propre meurtrier. »
« Il est impossible de passer pieusement le jour présent si nous ne le considérons pas comme le dernier de notre vie. »
« L'acédie est un relâchement de l'âme, un laisser-aller. Quand nous prions, elle nous rappelle quelques affaires indispensables et met tout en œuvre pour nous tirer hors de la prière par de bonnes raisons. »
« Si le Christ, lui qui est le Tout-Puissant, a fui corporellement devant Hérode, que les téméraires apprennent à ne pas se jeter eux-mêmes dans les tentations. »
« Celui qui tient sans relâche le bâton de la prière ne bronchera pas. Et même s'il tombe, sa chute ne sera pas définitive. Car la prière est une pieuse tyrannie exercée sur Dieu. »
« La foi, l'espérance et la charité : je regarde la première comme le rayon, la seconde comme la lumière, et la troisième comme la sphère, ne formant ensemble qu'une seule clarté et une seule splendeur. »
Deux magnifiques prières de saint Jean Climaque
Prière de saint Jean Climaque pour être vertueux et charitable
« Ô belle vertu, ô la plus belle des vertus ! Dis-moi, je t'en prie, dis-moi où tu mènes paître tes brebis bien-aimées, où tu prends ton repos pendant les ardeurs de la canicule (Cant. 1, 7). Illumine-moi, répands sur moi ta divine rosée, dirige-moi, conduis-moi et tire-moi enfin à toi ; car je désire ardemment monter jusqu'au palais où tu habites. Tu commandes à toute chose, tu règnes sur tout, mais tu as blessé mon cœur (Cant. 4, 9) ; je ne peux plus contenir les ardeurs dont tu l'as embrasé et je brûle du désir de te louer. Ah ! Aimable charité, daigne te rendre favorable à ma prière, apprends-moi, s'il te plaît, dans quel état je dois être pour pouvoir gravir cette échelle sainte et arriver jusqu'à toi. Amen. »
Prière de saint Jean Climaque pour être uni à Dieu
« Mon Dieu, je fais semblant de rien voir sur cette terre, sauf à être si fermement uni à vous par la prière que d'être séparé de vous peut-être impossible ; laisser aux autres le désir des richesses et de la gloire ; pour ma part, je désire qu'une chose, et c'est, d'être inséparablement uni à vous, et à placer en vous seul toutes mes espérances de bonheur et de repos. Ainsi soit-il. »
L'abbé L. Jaud, a écrit ce qui suit dans la "Vie des Saints pour tous les jours de l’année", Tours, Mame, 1950
La Palestine fut le premier séjour de Jean Climaque. A seize ans, il quitta le monde pour se donner entièrement à Dieu dans un monastère du mont Sinaï. A dix-neuf ans, le jeune moine, sous la conduite d’un saint religieux nommé Martyrius, travailla sans relâche à sa perfection et y fit des progrès si rapides qu’ils étonnaient son maître lui-même.
A la mort de son maître, Jean se retira dans une solitude profonde, afin d’y mener une vie plus parfaite encore. Une croix de bois, une table formée de quatre planches grossières et le livre des Saintes Écritures, avec quelques ouvrages des saints Pères, en faisaient tout l’ameublement. C’est là qu’il vécut quarante ans, de la vie d’un ange plutôt que de la vie d’un homme.
Détaché du monde, affranchi pour ainsi dire du corps par la mortification, il s’élevait librement jusqu’à Dieu, s’abîmait en des contemplations sublimes et s’entretenant suavement avec les anges des mystères de la foi. Ses deux yeux étaient deux fontaines de douces larmes qu’il versait dans le secret de la solitude. Il eût voulu noyer dans ses pleurs tous les crimes de la terre; il gémissait aussi sur son trop long exil et soupirait après la Patrie céleste; mais le plus souvent ses larmes étaient des larmes de joie, d’admiration et de débordant amour, excitées par la contemplation des merveilles divines qui lui étaient révélées.
Est-il étonnant que, nouveau Jean-Baptiste, il vît les foules accourir à lui pour recevoir les leçons de la pénitence et de la vie chrétienne? A chacun il traçait des règles salutaires; sa bénédiction guérissait les malades, fortifiait les faibles, consolait les affligés, touchait les obstinés et les convertissait plus que les raisonnements de la science.
Grande était la puissance de Jean Climaque contre le démon; il sut le vaincre et le décourager dans les combats qu’il eut à subir de sa part; il fut terrible aussi à l’ennemi du salut en le chassant de l’âme de ses frères. Un solitaire nommé Isaac, vint se jeter à ses pieds, le suppliant de le délivrer des obsessions impures dont le démon le pressait sans relâche:
« La paix soit avec vous, mon frère! » dit le Saint. A ces mots, il se mit avec lui en prière. Le visage du Saint devint resplendissant d’une clarté céleste qui se répandait dans la grotte, et le démon poussait d’affreux rugissements. La prière terminée, Isaac se releva paisible et délivré pour toujours.
Jean Climaque fut élu, à soixante-quinze ans, abbé du Sinaï, et devint de plus en plus l’ange et l’oracle du désert jusqu’à sa mort.
Compteur installé le 30 mars 2026